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Une IA qui vit à vos côtés, Razer présente Project Ava, son compagnon holographique

Au CES, certaines innovations frappent par leur puissance technologique, d’autres par le déplacement culturel qu’elles amorcent. Avec Project Ava, Razer appartient clairement à la seconde catégorie. En proposant un compagnon holographique de bureau, la marque ne se contente pas d’ajouter une fonctionnalité à l’intelligence artificielle existante. Elle redéfinit la relation entre l’humain et la machine. L’IA ne s’active plus uniquement à la demande, elle partage l’espace, observe, attend, accompagne. Une transformation silencieuse, mais profonde, de l’informatique personnelle.

Depuis une dizaine d’années, les assistants numériques ont habitué les utilisateurs à dialoguer avec des systèmes intelligents. Mais ces interactions restent intermittentes, déclenchées par une commande ou une requête explicite. Project Ava propose autre chose. Une IA incarnée, visible, dotée d’une forme et d’une présence continue. Cette évolution s’inscrit dans une tendance documentée par la recherche en interaction humain-machine : les utilisateurs développent des attentes plus élevées envers les systèmes qu’ils perçoivent comme “présents” plutôt que purement fonctionnels1. L’IA n’est plus seulement un service, elle devient un acteur du quotidien.

Sur le plan technique, Project Ava repose sur une combinaison de capteurs et de modèles d’IA conçus pour capter le contexte plutôt que de simples commandes. Caméra HD, suivi oculaire, microphones longue portée et accès à l’écran via le mode “PC Vision” permettent à l’IA de comprendre ce que fait l’utilisateur, sans qu’il ait à tout verbaliser. Cette capacité d’analyse multimodale rapproche Project Ava des systèmes dits d’IA ambiante, capables de raisonner à partir de signaux faibles et continus2. L’enjeu n’est plus la réponse ponctuelle, mais l’interprétation globale d’une situation.

Razer met en avant la polyvalence de son compagnon holographique. Conseils en temps réel pour améliorer une performance de jeu, rappels intelligents, gestion d’agenda, suggestions personnalisées, Project Ava se positionne à l’intersection du divertissement et de la productivité. Ce choix reflète une évolution plus large des usages numériques. Selon une étude du MIT, plus de 70% des utilisateurs attendent désormais que les outils numériques s’adaptent à leurs contextes multiples plutôt que de cloisonner travail et loisirs3. Ava incarne cette continuité, pour le meilleur comme pour le plus questionnable.

L’accès de l’IA au contenu affiché à l’écran constitue l’une des ruptures les plus sensibles de Project Ava. En comprenant directement ce que l’utilisateur regarde ou manipule, l’IA peut proposer une assistance d’une précision inédite. Mais cette proximité soulève immédiatement des enjeux de confiance. Razer affirme que le traitement des données s’effectue localement, sans envoi systématique vers le cloud. Cette promesse s’inscrit dans un contexte où la localisation du traitement est devenue un critère clé d’acceptabilité des systèmes d’IA4. Reste à voir comment cette architecture résistera à l’épreuve d’usages prolongés et complexes.

L’incarnation holographique de Project Ava n’est pas un simple choix esthétique. Elle s’inscrit dans une logique de design cognitif. En donnant un visage et une forme à l’IA, Razer facilite l’interaction, mais augmente aussi l’engagement émotionnel. Les travaux de Reeves et Nass ont montré que les humains ont tendance à attribuer des intentions et des émotions aux agents artificiels dès lors qu’ils présentent des caractéristiques anthropomorphes5. Cette projection peut renforcer l’efficacité de l’assistance, mais aussi brouiller la frontière entre outil et relation.

L’IA incarnée représente un marché émergent mais stratégique. Les cabinets d’analyse estiment que les assistants personnels augmentés par l’IA pourraient représenter plus de 90 milliards de dollars à l’horizon 20286. Toutefois, ce potentiel s’accompagne d’un taux d’abandon élevé des produits perçus comme intrusifs ou anxiogènes. Project Ava se situe donc sur une ligne de crête, entre innovation désirable et risque de rejet social.

L’introduction d’un compagnon holographique capable de voir, entendre et analyser en continu pose des questions éthiques majeures. D’abord celle de la surveillance consentie. Même si l’utilisateur accepte explicitement la présence de l’IA, la normalisation d’un regard algorithmique permanent peut modifier les comportements et les normes sociales7. Ensuite, celle de l’autonomie cognitive. Une IA trop proactive peut orienter décisions et routines sans laisser à l’utilisateur l’espace nécessaire à la réflexion critique. Enfin, l’attachement émotionnel à un agent artificiel interroge la responsabilité des concepteurs, notamment vis-à-vis des publics jeunes ou vulnérables.

Au-delà de Razer, Project Ava révèle un basculement plus général. L’intelligence artificielle ne se contente plus d’être performante, elle cherche désormais à être acceptable, habitable, presque familière. Cette quête d’incarnation marque une nouvelle phase de l’IA, où la réussite ne se mesurera pas uniquement en précision ou en puissance de calcul, mais en capacité à coexister durablement avec les humains. Fascinante, inquiétante ou les deux à la fois, cette IA de compagnie pose une question centrale : jusqu’où sommes-nous prêts à laisser l’intelligence artificielle vivre à nos côtés.

L’émergence de compagnons IA incarnés comme Project Ava interroge plus largement la manière dont l’intelligence artificielle s’invite dans nos espaces de vie et de travail, au-delà des écrans. Pour approfondir cette réflexion sur les usages quotidiens de l’IA, leurs effets sur nos habitudes et notre rapport à la technologie, nous vous invitons à découvrir notre analyse consacrée à l’évolution des pratiques numériques à l’ère de l’IA généralisée : Nous vivons avec l’IA comme un nouveau réflexe, retour sur une année charnière.

1. Reeves, B., Nass, C. (2023). The Media Equation Revisited: Human Responses to Artificial Agents.
https://www.cambridge.org

2. Weiser, M. (2024). The Computer for the 21st Century, revisited. https://www.scientificamerican.com

3. MIT Media Lab. (2024). Context-aware computing and human expectations.
https://www.media.mit.edu

4. Stanford HAI. (2025). Trust and adoption in AI-driven interfaces.
https://hai.stanford.edu

5. Reeves, B., Nass, C. (1996, réactualisé 2023). The Media Equation.
https://www.cambridge.org

6. McKinsey Global Institute. (2025). The economic potential of personal AI assistants.
https://www.mckinsey.com /a>

7.OECD. (2024). Ethical challenges of AI companions and ambient intelligence.
https://www.oecd.org

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