Site icon aivancity blog

Étude : l’IA, nouveau conseiller d’orientation des lycéens ?

Préparer son orientation a longtemps reposé sur un triptyque stable, parents, enseignants, conseillers d’orientation. Or, une nouvelle étude menée auprès de 5 095 lycéens à l’automne 2025 montre qu’un acteur supplémentaire s’impose désormais dans l’écosystème décisionnel, l’intelligence artificielle1. Les outils génératifs comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity ne sont plus seulement utilisés pour les devoirs, ils interviennent directement dans la recherche d’université, la comparaison d’établissements et même la réflexion sur les choix de carrière. L’IA devient-elle un nouveau conseiller d’orientation, ou simplement un assistant informationnel parmi d’autres ?

L’étude révèle que 89 % des lycéens ont déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle, et qu’un quart d’entre eux l’utilisent au moins quotidiennement1. Cette fréquence d’usage traduit une normalisation extrêmement rapide de ces technologies dans les pratiques informationnelles des jeunes générations.

Plus significatif encore, 39 % des élèves déclarent utiliser l’IA depuis six mois ou moins, ce qui montre que la courbe d’adoption est récente mais accélérée. L’IA n’est plus perçue comme une expérimentation ponctuelle, elle s’inscrit dans les habitudes quotidiennes.

Les usages déclarés dépassent la simple recherche factuelle. Les élèves mobilisent l’IA pour :

L’outil agit davantage comme un “thought partner”, un partenaire cognitif, que comme un simple moteur de recherche encyclopédique. Cette évolution correspond à ce que plusieurs travaux académiques décrivent comme un passage de la recherche d’information à la co-construction algorithmique du raisonnement2.

L’impact sur la recherche universitaire est particulièrement notable. 46 % des lycéens déclarent avoir utilisé l’IA dans leur recherche d’université, contre 26 % quelques mois auparavant1. La progression est significative.

Les effets ne sont pas seulement déclaratifs, ils sont décisionnels :

L’IA devient ainsi un filtre cognitif intermédiaire entre l’élève et l’établissement. Elle synthétise, hiérarchise et reformule les informations issues de multiples sources numériques. Cette médiation algorithmique redéfinit le premier contact informationnel avec les institutions.

Il est important de souligner que cette influence dépasse l’usage explicite de chatbots. Les moteurs de recherche, plateformes d’orientation et sites institutionnels intègrent désormais des systèmes de personnalisation algorithmique et de classement automatisé. L’IA agit donc souvent de manière invisible.

Si l’adoption est rapide, la confiance reste nuancée. Les élèves expriment une forme de curiosité prudente.

Lorsque l’étude teste leur capacité à distinguer contenu humain et contenu généré par IA, 63 % identifient correctement une image générée, et 58 % identifient correctement un texte généré par IA1. Ces scores montrent une compétence émergente, mais encore imparfaite.

Par ailleurs :

Ces résultats illustrent une ambivalence générationnelle. L’IA est à la fois perçue comme outil d’efficacité et facteur d’incertitude structurelle. Cette tension rejoint les analyses de l’OCDE sur l’impact de l’automatisation sur les trajectoires professionnelles3.

L’un des résultats les plus structurants concerne la perception de la valeur des études supérieures. 39 % des lycéens déclarent envisager une alternative aux études universitaires en raison des avancées de l’IA1.

Les alternatives citées incluent :

Dans le même temps, 55 % considèrent que l’intégration de l’IA dans les programmes d’un établissement est au moins modérément importante dans leur décision de candidature1.

Les établissements d’enseignement supérieur sont donc confrontés à un double défi, démontrer leur capacité à intégrer l’IA dans leurs cursus, tout en rassurant sur la valeur durable des compétences humaines, esprit critique, créativité, résolution de problèmes complexes.

Selon le World Economic Forum, ces compétences restent parmi les plus résilientes face à l’automatisation4.

L’essor de l’IA dans l’orientation soulève plusieurs enjeux.

D’abord, la question de la fiabilité des informations générées. Les élèves signalent parfois des incohérences entre les réponses fournies par l’IA et les informations officielles des universités.

Ensuite, la question de la dépendance algorithmique. Si l’IA devient le premier filtre informationnel, elle influence la visibilité des établissements et la perception de leur réputation.

Enfin, se pose la question de la responsabilité informationnelle. Dans le cadre du règlement européen sur l’intelligence artificielle adopté en 2024, les systèmes à usage général doivent respecter des exigences de transparence et de gestion des risques5.

L’enjeu n’est pas de substituer l’IA au conseiller humain, mais de comprendre comment organiser une complémentarité responsable.

L’étude met en lumière une transformation profonde mais encore inachevée. L’IA ne remplace pas le conseiller d’orientation, mais elle modifie l’ordre d’accès à l’information. Elle intervient plus tôt dans le processus décisionnel, structure les premières hypothèses et influence les comparaisons.

La question n’est donc pas seulement technologique. Elle est pédagogique et institutionnelle. Comment accompagner des élèves qui construisent leurs choix à travers une médiation algorithmique ? Comment garantir la qualité des informations dans un environnement où la synthèse automatisée devient la norme ?

Précédemment sur ce blog, nous avons analysé l’intégration de l’IA dans les environnements éducatifs et les transformations qu’elle induit dans les métiers académiques. Cette étude prolonge cette réflexion en interrogeant le rapport des futurs étudiants à la décision elle-même.

La place croissante de l’intelligence artificielle dans les décisions d’orientation interroge plus largement le rôle de l’humain dans les processus d’apprentissage et de création. Sur un sujet complémentaire, découvrez notre article « Que reste-t-il à l’humain avec l’arrivée de l’IA dans la sphère créative ? Redéfinir la créativité et le rôle de l’éducation à l’ère des intelligences artificielles génératives », qui analyse comment l’essor des IA génératives conduit à repenser la formation, l’accompagnement pédagogique et le développement des compétences humaines.

Pour les plus jeunes qui souhaitent mieux comprendre ces transformations technologiques, aivancity propose également le MOOC « Ton futur parle IA, le MOOC indispensable pour comprendre l’IA quand on a moins de 20 ans ». Accessible en ligne, ce programme pédagogique permet de découvrir les bases de l’intelligence artificielle, ses usages concrets et ses enjeux pour la société.

1. EAB. (2026). How Students View and Use AI in College Search. How Students View and Use AI in College Search | EAB.
https://eab.com

2. Bubeck, S. et al. (2023). Sparks of Artificial General Intelligence. Microsoft Research.
https://www.microsoft.com/en-us/research

3. OCDE. (2023). AI Compute and Industrial Scaling.
https://oecd.org

4. World Economic Forum. (2023). The Future of Jobs Report.
https://www.weforum.org

5. Parlement européen. (2024). Artificial Intelligence Act.
https://www.europarl.europa.eu

Quitter la version mobile